LES OMBRES DE LA NUIT DE PAUL DAKEYO UNE POESIE DE L’ABSENCE FONDATRICE

A l’origine de cette poésie de l’intimité avouée, s’inscrit le visage d’une femme aimée et connue au sens biblique du mot. Dans Les ombres de la nuit [2] qui reprend et prolonge les subjectivités tour­mentées inaugurées dans le précédent poème La femme où j’ai mal. Paul Dakeyo s’absorbe dans la réinvention du vécu, dans l’expérience affective d’une vie à l’in­térieur de laquelle se vérifie toute nostalgie. Longtemps perçue comme être d’in­clination, la femme devient du fait des méandres de la vie, celle qui s’en va, qui s’en est allée expérimenter à ses dépens d’autres mimétismes. Aussi, est-elle sai­sie à distance amoureuse, là où le temps fortifie le sentiment de la fêlure. L’écriture vigoureuse du poème totalise toutes les angoisses, explore des instants de vacui­té qu’irradient les malentendus de la vie. L’absence devient l’accouplement des mots, Dakeyo fait se déplacer les signes de l’apparence pour nous permettre d’exa­miner en sa compagnie, sa propre douleur. A aucun moment, celle-ci n’est feinte mais déclenchée par l’ordinaire d’une vie menée sans tambour ni clairon. Une vie qui aurait dû gagner en harmonie, sous le protectorat de la vérité partagée. Essayons de faire corps avec cette poésie qui sait que « les gestes d’absence (...) entament la distance » (p. 54). Ici, les mots grandissent, s’élongent dans l’absence. Paul Dakeyo, poète accédant à la géographie du sensible se dévoile à nos yeux en fondant sa quête amoureuse dans la présence de l’absence. L’absence suppose une présence initiale, semble suggérer ce lyrisme dont la constance thématise l’ex­pression de l’échec à l’intérieur d’une parole qui se fixe pour horizon l’approche existentielle de soi, sous l’impulsion d’une réalité fluctuante. Le poète s’adresse à une personne absente, assurément, sous une forme sou­veraine, amplificatrice du moi dont le dynamisme crée une osmose entre le poète et l’anciennement aimée. De cela, naît un mouvement obsessionnel d’oscillation. Ce mouvement se prête au constat d’un échec amoureux, saisi en ses nervures brisées : Les étincelles de ton regard silex Me parviennent en pluie de pépites (p. 62) Il s’agit, à n’en pas douter, d’une femme absente mais non diluée dans l’infini. Dans cette poésie de la peine consommée, l’absence sécrète une inspiration du mal-être-au -monde. Les interrogations se multiplient, par-delà la volonté de trou­ver l’intelligible mesure de soi dans les souvenirs : Où es-tu Même les murs de la maison Contemplent le printemps Enfoui dans nos souvenirs (p. 76) L’absence de la femme aimée, rapproche davantage le poète de lui-même. Dans cette création de l’absence proclamée, le poème suit les digressions du réel, for­mule à voix pleine l’avènement de l’étrange : J’arrive même à disséquer l’absence (p. 84) articule Dakeyo dans une sorte de conquête de soi sur toutes sortes de clôtures. Née d’une écriture dépouillée de vertiges langagiers, cette poésie délimite tel espa­ce fait de « champs d’épis lourds » (p. 86), de « ronces » (p. 88), de « chemins profonds » (p. 89), au détour de l’absence : Laisse-moi demeurer près de toi Là où se tisse le chant Les soirs de pleine lune Sur la transparence du désir (p. 101) La poésie devient le lieu de la distance incarnée quand plus rien n’associe le poète à la femme aimée. L’absence donne au poète l’occasion de multiplier les jeux d’espérance et de désarroi.

fichier audio: