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Une fois, hier. Brindilles de vie

Prix en Euro : 5,50 €

Une fois, hier et Brindilles de vie : réunir les deux recueils de poèmes en un seul peut paraître commun, si l'on s'en tient à la simple valeur matérielle du livre. Mais, en en explorant la portée symbolique, on est très vite saisi par la cohésion qui, au plan philosophique et esthétique, unit les deux titres. Kadessa Arissabe Sané y prolonge le thème classique du dépit au sein duquel l'amour devient une absinthe corrosive, sans pourtant faire de l'existence un parcours douloureux inexpiable.
En effet, le premier tome du livre sonde la profondeur de l'âme amoureuse en proie aux déchirements les plus aigus, avec ces « rires ponctués d'insultes respectueuses » ou ces « accolades qui s'apparentent à des blâmes ». Au sens fort, la poétesse y accomplit un parcours initiatique nourri au fiel du souvenir qui sème sans cesse le remords et transforme l'amour en une force fatale sous la pression de laquelle l'âme meurtrie avoue : « Je t'aime de pis en pis ».
Il s'agit d'une force composite où s'agrègent différents facteurs pour vous asservir les « virevoltes » de l'être aimé, vos propres « envies débordantes », le souvenir obsédant des parenthèses de bonheur, les souffrances du présent et les nombreuses tentatives d'équilibre non abouties. Souvenir piège donc. Mais, sous la plume d'Arissabe Sané, l'amour ne tolère pas l'échec.
La fatalité de l'amour réside dans cet impossible renoncement et chaque souvenir est la révélation d'un besoin de recommencer. L'âme éprise et souffrante en est consciente, qui exploite différentes ressources pour rétablir l'équilibre nécessaire. Le second tome du livre renferme des pensées rattachées au deuil, à l'absence, l'usure mentale... et expose des issues à l'échelle humaine : s'armer d'une foi absolue, se parler à soi-même, se distinguer de cet autre soi-même qui vous tient captif, se reconquérir en s'affranchissant du regard des autres, faire de l'affliction un moyen de résilience ainsi que nous l'apprennent les événements du Sud-Kivu, réinventer le passé et renaître pour se donner de simples raisons de vivre.
La première délectation vient des leçons de grandeur que nous tirons de ce livre, mais aussi du plaisir esthétique que procurent ces calligrammes où se déploie la beauté féminine ou ceux dans lesquels le calice enflé de douleur tente de se régénérer à travers la spiritualité.